15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 13:50

Trois esquisses de déchargement de mes peurs comme pour les conjurer.
Rien qui ne fasse un article qui se tient, malgré plusieurs tentatives d'écriture au cours des derniers jours (ou semaines ? vue la date de la dernière parution sur ce pauvre blog en jachère...). Mais néanmoins le besoin de poser là ces bribes d’articles sur mes peurs pour peut-être les y laisser, m’alléger et –qui sait ?- éloigner le mauvais œil.


. . . . . . . . . .

 

Parfois je me demande si j'ai bien fait de faire un enfant.
Pourtant je me suis battu, j'ai pleuré, espéré, désespéré...


Et aujourd'hui je suis la maman d'une merveille de petit garçon. Beau à en crever, espiègle, rieur, câlin, drôle... Mais je me demande quand même si j'ai bien fait. La question n'est pas saurai-je l'élever, l'aimer? Ça je sais que oui. Je me le prouve tous les jours. Et il me le rend tellement.

 

La question est : Vais-je supporter ?
Vais-je supporter qu'il grandisse?
Vais-je supporter qu'adolescent, il me rejette parce que c'est bien connu, les parents c'est chiant et ça comprend rien ?
Vais-je supporter qu'il ne soit plus aussi rieur ou qu'il réserve ses rires pour d'autres ?

Vais-je supporter qu'il ne me fasse plus de câlins en me serrant fort dans ses petits bras et en nichant son nez dans le creux de mon cou ?
Et d'ailleurs vais-je supporter que ces petits bras dodus deviennent de grands bras poilus ?
Et ces joues si rondes et si lisses, que je ne peux m'empêcher de dévorer, vais-je supporter qu'elles se couvrent de barbe?
Vais-je supporter de ne plus avoir le droit de les bisouiller autant que je le fais ?


J'aime mon bébé. Je l'aime fort. Très très fort. Je l'aime lui, pour qui il est. Mais j'aime aussi passionnément qu'il soit un bébé. Et je sais que je l'aimerai toujours aussi fort, même quand il ne sera plus un bébé. Mais je sais surtout qu'un jour très prochain il ne sera plus ce bébé. Et c'est ce jour-là qui me fait douter. Rien que d'y penser j'ai mal au coeur, des crampes d'estomac et les larmes qui affleurent. Alors comment je ferai quand on y sera pour de bon?
 

. . . . . . . . . .
 

Ces « Vais-je supporter ? » s’alignent sans compter mes questionnements sur le monde dans lequel on vit.
Avais-je le droit d'imposer la vie à cet enfant qui n'a rien demandé.
Enfant puis adulte, il devra affronter l’indifférence, la concurrence, la vacuité de certains combats... Sans compter la maladie qui nous touche tous un jour ou l'autre... Combien de maladies graves, de morts précoces tous les jours? ... Je vis dans la terreur en implorant "Pas lui, mon dieu, pas lui. Pas nous."
Comment le préserver, le protéger de tout ça. L'armer d’amour, de compréhension, de tolérance tout en le préparant à s'endurcir suffisamment pour ne pas se faire bouffer tout cru par la matrice. Et de nouveau revient cette question "mais alors ai-je bien fait de faire cet enfant ?" Lui qui n'a rien demandé va devoir affronter la compétition, lutter pour se faire sa place de gentil dans un monde qui ne l’est pas toujours…
Je me torture. Je me questionne. Mais je l’accompagne et je l’aime. Ainsi, je le sais, il sera fort et bon.
 

. . . . . . . . . .
 

En fait, depuis que Luke est né, j'ai peur.
Peur de le perdre.
Peur de perdre ce bonheur.

Peur qu'il meurt.

Peur que je meure et le laisse pour découvrir et affronter ce monde. (alors qu'avant ma propre mort m'importait peu)

Peur qu'il souffre de maladie, plus tard d'amour, de travail.

 

Je le regarde et j'espère. Je fais des incantations païennes (les seules que je connaisse). J'espère qu'il sera heureux, qu'il sera un homme bien, aimant et aimé, bien dans sa peau, bien dans sa vie. La réussite professionnelle m'importe peu du moment qu'il est heureux. Et j'espère qu'il saura trouver le bonheur simplement.

 

Quand j'entends des histoires horribles comme ce garçon mort après une stupide et banale bagarre dans la cours du collège, ces jeunes qui décèdent asphyxiés avec le truc du foulard, ces enfants à la merci des « méchants » (racket, humiliation et même pire auquel je n'ose pas penser) j'ai peur.

 

Quand j'avais lu L'attrape cœur de Boris Vian il y a longtemps, je n'avais pas tellement accroché. J'avais ressenti un profond malaise à la lecture de ce livre. C'est tout ce que je ne veux pas faire : couper les ailes de mon fils, l'asphyxier de ma peur, le paralyser avec mes vœux de bonheur. Je l'accompagnerai de mon mieux sur le chemin qui sera le sien en essayant quand ce sera possible de lui éviter les pièges et les trous noirs et en l'aidant de ma présence et de mon amour à en sortir si par malheur il y tombe.

 

Je le regarde. Lui si souriant, qui ne pleure (presque) jamais, qui a déjà un appétit de la vie, de la découverte, des bonnes choses (ah la compote de poire de maman…), qui aime tellement rire...

Il est si beau, si plein de vie. Il a l’air si heureux. Je le savoure, le hume, le croque, le bisouille…

Et je ne peux m’empêcher d’avoir peur, d’imaginer parfois des scénarios catastrophe en me disant « Arrête Nell t’es débile, regarde comme il est beau, comme tout va bien, comme vous êtes heureux. Arrête tu vas te porter l’œil… »
Alors j’arrête et je savoure.
Jusqu’à la prochaine mauvaise pensée…

 

Je savais qu'être mère serait magnifique.
Je supposais aussi que ce serait difficile.
Mais je n'imaginais pas à quel point ce serait terrifiant.
Et ça l’est.
Terrifiant.

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commentaires

MDame PMA 10/11/2013 14:12

A. a mis du temps pour faire ses nuits ; moi encore plus parce qu'après, j'ai mis mon réveil au milieu de la nuit pour aller voir comment elle allait... Encore maintenant, il n'y a pas un soir où je ne passe entendre sa respiration...
Quant à ce monde immonde, qu'en dire ? Comment ferai-je quand sera venu le temps de lui laisser sa liberté? Je préfère ne pas y penser, je me dis que comme pour le reste il "se passera quelque chose" qui fait que je serai capable...
Et il y a encore un aspect que je ne retrouve pas chez toi : maintenant, j'ai tellement peur de mourir...
Je pourrais en discuter pendant des heures... Heureusement, je vois que je ne suis pas la seule... T'embrasse...

lili 31/10/2013 11:18

J'avais des peurs et angoisses lorsqu'elle était un tout petit bébé (jusqu'à 6 mois environ), surtout les premières semaines, je me faisais des films violents dans la tête, c'était vraiment terrifiant...
J'espère que tu vas arriver à éloigner ces peurs qui paralysent et font souffrir.
Je t'embrasse

Tatafloute 28/10/2013 22:12

Moi aussi la maternité me fait flipper. C'est vrai que c'est terrifiant.
Tu décris très bien toutes les peurs qui nous assaillent au quotidien.
Mais tu vois, mon Potam a 2 ans, ce n'est plus un bébé, et ben je kiffe de plus en plus ce qu'il est, ce qu'il devient, ce qu'on commence à pouvoir partager, les premières phrases qu'il me dit et ce que j'arrive enfin à déceler dans ce qui se passe dans sa tête.
Je suis pleine de choses que je veux lui apprendre, lui transmettre, et ils grandissent progressivement, on a le temps de s'adapter et de faire le deuil, à chaque âge, de l'âge précédent.

Bises

isa 24/10/2013 17:58

C'est sûr que c'est flippant de devenir mère ... et qu'on pense à des choses auxquelles on ne pensait pas avec la même intensité jusqu'à lors ... Mais nos enfants nous font aussi ... ils ne deviennent pas ados et poilus en un jour ... on a le temps de s'y faire ! Tous les jours ils grandissent, s'autonomisent, découvrent, aiment ... les petits bras potelés sont remplacés un jour par des bras d'enfants qui s'ouvrent sur le monde ... l'odeur de lait caillé se transforme en odeur de savon (ou pas!) voire de parfum ... Et on grandit avec eux ... Et la confiance aussi !!! Parce que c'est la vie et qu'en toute hypothèse, on n'a pas le choix. On ne peut les aimer et leur faire porter nos croix et nos inquiétudes ... Parfois il faut respirer un grand coup et faire confiance ! Parce que finalement, on doit leur apprendre à tenir debout seuls, au sens propre d'abord,puis au figuré ... Et c'set magnifique! Dur parfois, mais magnifique !

Cicile 21/10/2013 13:02

Je suis qqn qui vit en imaginant toujours le pire et en oubliant de profiter de tout ce qui est bien justement...
On m'a toujours dit "la peur n'évite pas le danger"...
Je suis mère depuis à peu près le même temps que toi, mais j'ai une petite soeur de 5 ans ma cadette. Et j'ai le sentiment d'avoir eu peur pour elle depuis qu'elle est là autant que j'ai peur aujourd'hui pour ma fille. Et j'aurai toujours peur pour elles, je comprends donc tout à fait ce que tes mots. Mais j'apprends petit à petit à ne pas me laisser dépasser par ces mauvaises pensées, et à les éloigner de mon esprit (merci chéri qui ne comprends pas qu'on puisse autant faire travailler son imaginaire, et qui relativise à fond à ma place).
La peur n'évite pas le danger... profite, ces questionnements sans réponse ne pourront que te pourrir la vie !

Présentation

  • : C'est par ici bibouille, on t'attend !
  • C'est par ici bibouille, on t'attend !
  • : 38 ans. Amoureuse de mon Chewi irlandais depuis décembre 2004. On attend notre bibouille franco-irlandais depuis avril 2008...
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Collectif B-AMP

Infertiles de tous les pays, unissez-vous ! Venez partager vos doutes et vos infos, vos questions et vos coups de gueule ici : http://collectifbamp.wordpress.com/

Notre parcours en (presque) bref

2004

Décembre : 1er bisou et le reste...

2008

Avril : arrêt contracpetion

2009

Juillet : Toujours rien... 1ers contrôles pour moi : tout est ok

Août : 1er spermo : zozos feinéants mais réagissent bien à la prépa. En route pour les inséminations

19 septembre: IAC1 négative

Octobre - décembre : suivi urologue de Chewi.Traitement antibio béton

2010

Février : Le traitement n'a servi à rien. L'urologue préconise d'arrêter les inséminations et de passer direct en FIV

Février : Madame Gynéco  dit ok pour la FIV et nous envoie en PMA mais on continue les IAC avec elle en attendant le lancement car vu les délais et les nombreux rdv à caler pour elle rien ne se passera avant septembre voire octobre...

3 mars : 1er rdv DocFiv. Faut attendre les résultats du LaboFiv pour démarrer

Mars : IAC2 négative

27 avril : Rdv LaboPma : spermo médiocre mais ils pensent qu'il faut continuer les iac avant la fiv ça devrait marcher comme ça... -> annulation rdv DocFiv de mai

Mai : IAC 3 négative

15 juin : IAC4 négative. Résultats spermo de pire en pire, on retourne voir DocFiv

23 juin : 2e rdv DocFiv. test de pénétration (!) à faire par Chewi le 8 juillet.

4 août : 3e rdv DocFiv. on est sur la planning de décembre pour FIV ICSI à confirmer par le LaboFiv

Septembre : rdv LaboFiv qui confirme l'ICSI mais redemande encore un spermogramme...

Octobre - novembre : derniers rdv. On y va!

Novembre - décembre : FIV1 échec, ponction de 8 ovocytes le 30 novembre, transferts de 2 beaux embryons le 2 décembre, pds négative le 13 décembre. 

2011

Mars : TEC : 2 embryons transférés. pds négative le 16 mars. Fin de l'épisode Fiv1

Juin : FIV2 interrompue après 8 jours de stim' mauvaise réponse au traitement 4 tout petits follicules et 2 gros kystes. C'est le drame...

Octobre-Novembre : Fiv2 bis : pilule du 7 au 21/09 ; début déca le 25/09 ; début gonal le 5/10 (112,5µi puis 75); 1er contrôle le 9/10 une vingtaine de follicules de 21mm à tout petit ; 17/10 ponction de 11 ovocytes ; 19/10 transfert de 2 embryons ; 31/10 PDS POSITIVE POUR LA 1ère FOIS à 171 ; 2/11 2e pds : 369 ; 4/11 3e pds 743 ; 7/11 4e pds : 2132... Pourvu que ça dure...

Novembre, le 16 : première écho. 3mm qui clignotent. Il est là...

Novembre, le 23 : deuxième écho : 11mm et un coeur qui bat la chamade. ToudoumToudoum. On voit un 2e petit sac mais qui a l'air arrêté

Décembre, le 10 : troisième écho : 8 SG, 28mm des petits bras et des petites jambes qui poussent. Et toujours ce ToudoumToudoum qui nous fait monter les larmes aux yeux. Le 2e petit sac est toujours là mais n'a pas bougé. 1,8mm sans activité cardiaque, restera sans doute là jusqu'à la fin...

Décembre, le 29 : écho des 12SA. Tout va bien. Un bébé en pleine forme et avec une clarté nucale rassurante. On continue le coeur en joie

Mars, le 9 : écho morpho du 5e mois. Tout va bien. Bébé à autant d'oeils, reins, doigts et tout ce qu'il faut où il faut. Il semblerait qu'il soit grand... On reste sur notre petit nuage...

16 juillet 2014 : Naissance du P'tit Lu. Merveilleux bébé qui nous comble chaque jour de bonheur.

***

Septembre 2014 : Retour aux affaires ! On va chercher les 3 p'tits congelés qui nous attendent à Paris depuis la fiv d'octobre 2011. Début du traitement 21 septembre 2014. Pds négative le 13 octobre

Novembre 2014 : dernier tec des p'tits parigots. Transfert le 28/11 d'un joli p'tit J3. Pds le 8/12, jour de la fête des Lumières et de l'immaculée conception !...

 

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